Paru en France en 2003

L’âge des lumières est un monument de la littérature steampunk, voire étherpunk pour les amateurs de sous-étiquettes. Même s’il est très encensé par certaines critiques, je n’irai pas jusqu’à dire que le roman de Ian R. Macleod est un chef d’œuvre. Pourtant, des années après la première lecture, l’ambiance mélancolique et la poésie de cet univers travaillé en profondeur restent en mémoire.

L’âge des lumières est le parcours initiatique de Robert Borrows, dans une Angleterre uchronique qui aurait sauté d’un âge victorien à un monde industriel dominé par l’éther, à défaut de vapeur. On est loin du roman fantasy que laisse imaginer la couverture. L’éther, extrait par de gigantesques usines où des ouvriers triment sans relâche, est une magie du quotidien qui fournit énergie mais entraîne aussi des mutations, des déchets et d’étranges créatures. L’exposition à l’éther n’est pas sans rappeler les effets de radiations. Le parallèle est clairement voulu.

Le roman est constitué de flash-backs de l’enfance de Robert. Sa mère devenue mutante, le jeune garçon échappe au destin qui le menait tout droit à l’usine, et vagabondera dans une Londres steampunk aux classes sociales marquées, aux guildes hierarchisées. On suivra ainsi ses premiers pas comme rédacteur dans un journal de quartier, ses premières rencontres amoureuses. A mesure que se dévoilent les secrets les plus nauséabonds autour de l’éther, le personnage gagne en maturité et le style de Ian R. Macleod devient de plus en plus baroque, poétique. 

"Elle levait le regard sur nous et je comparai son visage à un cœur blanc miniature. George avait suspendu des lanternes autour du clocher, afin de l'illuminer. Le vent nocturne venait nous lécher et Londres miroitait et jaunissait pendant qu'il me montrait les gravures sur cuivre vert-de-grisées sur les frontons orientés vers les points cardinaux. Je suivis leurs volutes du bout du doigt et ce que je perçus était à la fois pesant et moisi."

Il y a ces bourgeois des quartiers riches qui trompent leur ennui avec de ridicules séances de spiritisme ou qui réclament des créatures par caprice. On retiendra cette sublime partie avec cette vieille dame vivant à l’écart de la ville, son jardin comme miraculé de l’industrie de l’éther, et la petite fille qu’elle protège, Annalise, qui marquera à jamais Robert.
Le récit revient parfois au temps présent, à ces rencontres amères et obsessionnelles de Robert avec cette mutante - cette anamorphe - déliquescente qui se cache dans des ruines. « Le spectre d’Anne me souriait par delà et je plaçai ma main en coupe sur sa joue... pour découvrir que son image ne pouvait ce soir-là me suffire ».

Tout l’enjeu du livre est de laisser lentement découvrir ce qui a amené Robert Borrows à cette situation. L’âge des lumières éclipse les clichés du steampunk pour verser dans un long parcours initiatique teinté d’amertume, à mesure que l’on réalise que les injustices sociales et les dégâts de l’éther ne seront pas réparés. Si le roman manque à mon sens de peu le qualificatif de chef d’œuvre en raison de cette langueur qui, par moments, se transforme en longueurs au cours des 600 pages, restent des images fortes et une écriture juste et douce.

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1 commentaire.

  1. Lorhkan says:

    C'est un roman qui me tente beaucoup depuis quelque temps, quand je pense à un récit emblématique du courant steampunk.
    Quel dommage qu'il ne soit jamais sorti en poche...