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Paru en France en 2014

De Volodine je ne connaissais que Avec les moines soldats, écrit sous son alias Lutz Bassman. Autant ce dernier emporte immédiatement le lecteur dans son univers onirique sombre, autant Terminus radieux, qui a obtenu le prix Médicis en 2014, est un lent voyage. Il demande un certain temps pour se raccrocher au train. Un train qui d’ailleurs est présent dans le récit, roule de manière quasi éternelle à travers une taïga sans fin, à la recherche d’un hypothétique camp soviétique, ou ce qu’il en resterait.

Mais l’essentiel du roman prend pour décor Terminus radieux, un kolkhoze (ferme collective) surréaliste et perdu dans la taïga dont les habitants ne sont ni morts ni vivants, mais demeurent fidèles à quelques grands principes communistes et féministes, du moins en apparence. Le temps s’y étire et se déroule bien après une Deuxième Union Soviétique, après la guerre contre le capitalisme et après des accidents nucléaires qui ont irradié, semble-t-il, chaque coin du monde.

- Dans la vieille forêt, il t’a vu en train de faire du mal à Samiya Schmidt.
- Il était même pas là-bas, objecte Kronauer sans conviction.


Terminus radieux abrite les habitants épargnés – plus ou moins - par les radiations de sa pile nucléaire qui s’est enfoncée dans le sol et à laquelle on fait des offrandes. Mais ce n’est que pour mieux tomber sous le joug de Solovieï, président du kolkhoze décrit comme un paysan occultiste, poète cruel capable de visiter les rêves et de manipuler les âmes, la région entière n’étant finalement que sa propre pièce de théâtre dont il manipule les personnages. Il entretient avec ses trois filles une relation entre possession et inceste, et enregistre sur des rouleaux de cire des poèmes abscons, que l’on retrouve en partie dans le roman.

Je ne sais même plus si j’ai déraillé ou non des principes marxistes, pensa-t-il. Puis il n’y pensa plus.

Le lecteur suivra l’arrivée de Kronauer, ex soldat soviétique, lui aussi ni vraiment mort, ni vraiment vivant, à Terminus radieux, et la manière dont il se condamne dans cette réalité proche du rêve. L’histoire est hypnotique, hallucinée, avec une mise en abîme autour du pouvoir de l’auteur sur la substance d’un récit, et même quelques passages à la première personne. Antoine Volodine semble questionner sa propre plume, être lui-même un Solovieï cruel jouant à enfermer des personnages dans une immortalité subie qui dure des milliers d’années. On retrouve aussi en creux la notion d’amour, puisque partout ceux qui auraient pu s’aimer – amour fraternel, amour filial, couples, camarades – ne s’aimeront jamais vraiment. Comme si l’atmosphère post-communiste imprimait une solitude en chacun, isolé dans ce qui finalement est une lente agonie. Il semble que l’on ressent, par moment, la propre solitude de l’écrivain.

Une porte enduite d’un velours de petites flammes immobiles. Parfois le clapotis de l’eau très-noire, qui s’énerve toute seule. L’enfer atomique derrière la porte.

Les ouvrages de Volodine sont des leçons d’écriture. Il nous plonge dans le récit comme dans un rêve, et parvient d’une manière extraordinaire à se rendre précis dans l’imprécision, à se jouer du temps qui passe tout en le définissant, à tordre les règles de l’écriture et des répétitions. Terminus radieux est un long poème en prose, incantatoire, sublime.
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Paru en France en 2010

Au nord du monde est un roman intimiste décrivant la survie dans un futur ravagé, dont la dimension post-apocalyptique est à la fois omniprésente et jamais vraiment révélée.

Marcel Theroux nous plonge dans le quotidien de Makepeace, dernière habitante d’Evangeline, une ville de Sibérie dans un futur proche où le réchauffement climatique a permis de rendre le grand nord à peine plus supportable. Mais la Sibérie est surtout devenue le refuge de ceux qui cherchent à échapper au reste de la civilisation.

J'ai amassé un éclat d'aile noircie parmi les débris pour m'en faire un souvenir, et je l'ai transformé en une croix minuscule que j'ai portée attachée à un lien autour du cou.

Si ce qui a conduit à la décadence du monde n’est jamais détaillé, quelques indices évoquent à la fois une catastrophe nucléaire, des guerres et une série de crises économiques et climatiques. Les parents de Makepeace étaient des colons venus avant cette fin annoncée, pour retrouver un mode de vie plus authentique, qu’ils croyaient plus sain.

Et tout au long du roman perle l’idée de l’opposition entre ces bourgeois désireux d’abandonner la ville et son luxe, la tête pleine de valeurs et de beaux principes, face aux autochtones, les Toungouses et les Russes, qui eux rêvent d’un inaccessible confort et ne comprennent pas ces étrangers qui s’en débarrassent.
L’humain retourné à sa nature sauvage, impitoyable, est au final mieux armé pour survivre que l’idéaliste.

Ils ont construit une potence ce soir-là et à l'aube on nous a fait sortir au pas.

Makepeace, dernière survivante de sa famille, marquée au visage par une agression remontant à son adolescence - et depuis, souvent prise pour un homme - est ainsi confrontée à un monde sauvage où les survivants vivent de la traite d’être humains, se replient en cultes désespérés, échangent le produit de la chasse, se méfient les uns des autres.

Depuis le toit, leur feu se réduisait à une minuscule lueur jaune dans les ténèbres. La ville était tellement silencieuse qu'un grognement ou un rire indistinct traversait parfois le fleuve jusqu'à moi.

Avec une écriture envoûtante, Marcel Theroux dresse le portrait d’une femme qui n’est brisée qu’en apparence, car en elle se cache l’espoir, matérialisé dans cet avion qui s’écrase près de sa ville. L’espoir de retrouver quelque part la vie qu’elle a manqué. Mais ce serait compter sans la nature humaine, sans ces camps d’exploitation où elle finit par se retrouver, sans les zones irradiées où l’on envoie de pauvres hères chercher du matériel. Sans sa propre nature, puisqu’elle même passe du côté des gardiens, pour survivre, ou bien pour mieux vivre.
Il s'avère difficile de cesser de tourner les pages de ce roman habité, dont la voix résonne encore longtemps dans la tête après l’avoir refermé. Le style emporte le lecteur, avide de ces paysages gelés, de cette lutte permanente pour dénicher à manger, à parler, à aimer. Chacune des pensées de Makepeace sonne juste, et c’est tout ce qui fait la force du roman.

Au nord du monde est un grand livre. Pesant, terrible indéniablement, mais chargé d’un souffle quasi mystique avec cette héroïne si pragmatique et pleine de rêve à la fois. Un roman qui évoque trop bien à quoi ressemblerait notre monde après une catastrophe nucléaire. A lire absolument.
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Paru en France en 2012

Les faucheurs sont les anges est un roman post-apocalyptique orienté zombies, qui va légèrement au-delà du simple hommage au genre. D’ailleurs les mort-vivants, quoiqu’omniprésents, ne sont pas le sujet central.

Temple est une adolescente de quinze ans, née après l’invasion du monde par les zombies. Les limaces ou les sacs à viande, comme elle les appelle. C’est son monde, qu’elle arpente avec sa machette. Pour elle, rien n’y a jamais changé. Nous la suivons dans un road trip de survie rythmé par ses rencontres. Cet attardé mental qu’elle prendra sous son aile, comme pour réparer la mort de ce petit garçon qu’elle accompagnait. Ou Moïse Todd, montagne de muscles à la personnalité ambiguë, qui la poursuivra pour la tuer - à contrecœur - à travers les Etats-Unis. Familles ou chasseurs isolés, communautés étranges qui tentent de reformer une civilisation. L’univers et les situations sont codifiées par le genre mais bien décrits. On ne peut s’empêcher de songer, par exemple, à la série Walking Dead. Et il y a ce camp de mutants dégénérés qui rappelle fortement le cinéma d’horreur façon La colline a des yeux.

Dès lors que l’on accepte qu’il s’agit d’un hommage et non d’un ramassis de clichés, le livre et son ambiance poisseuse s’apprécient pleinement. Et ce duel traînant entre Temple et Moïse, cette idée d’inéluctable - de destin ? - qui suinte tout au long du texte, cette manière dont Temple finit par avoir peur d’elle même, de ce qu’elle devient, tout cela ajoute à la tension de l’ouvrage, qui évite l’écueil du simple divertissement gore. Il faudra cependant pardonner quelques incohérences, rares heureusement. Plus de vingt ans après l’apocalypse, on trouve encore des ascenseurs qui fonctionnent et de l’eau courante dans la boutique abandonnée d’un coiffeur, les routes semblent très praticables... Bref tout n’est pas complètement crédible.

L’écriture est excessivement simple, les phrases courtes. La forme est aussi aride et brutale que l’est devenue l’univers. Les quelques tentatives de métaphores semblent un peu forcées, c’est davantage dans la concision qu’Alden Bell tire la puissance de son roman.

L’auteur nous offre un roman court, linéaire, très visuel. Un roman avec des zombies et un peu plus. Un livre qu’on referme avec le sentiment d’avoir vu un bon film.
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Paru en France en 2013

Silo se veut un best-seller de science-fiction, présenté un temps en tête de gondole dans les espaces de vente. D’abord proposé en autopublication chez Amazon, le roman aurait connu un tel succès qu’il aurait rapidement séduit des éditeurs pour le format papier et la traduction. Une belle histoire. Malheureusement, si l’ouvrage se laisse lire, il ne fait qu’effleurer la surface de ce que peut apporter réellement un bon texte SF.

Silo est une nouvelle que l’auteur a transformé en roman. Il raconte une humanité enterrée dans un gigantesque cylindre souterrain. Personne ne sort depuis des générations à cause des toxines à la surface, sauf les condamnés à mort, ceux que l’on envoie nettoyer les caméras qui filment en permanence l’extérieur.
Si le récit passe d’un personnage à l’autre, nous suivons pour l’essentiel Juliette, jeune mécanicienne des Machines du fond, qui va devenir shérif et peu à peu mettre au jour un vaste complot qui vise à soumettre la population enterrée. Le concept d’une humanité survivante en huis-clos n’est pas neuf, mais il y avait le potentiel pour trouver un angle intéressant. Le premier tiers de l’ouvrage parvient même à intéresser le lecteur qui découvre la vie quotidienne des occupants du silo, son système administratif, les enquêtes du shérif. Hugh Howey écrit plutôt bien, maîtrise les grosses ficelles du suspense et du cliffhanger.

Malheureusement, Silo n’atteindra jamais la profondeur qu’il aurait pu montrer. Les clichés dystopiques de la société sous contrôle débarquent avec d’énormes sabots. Tout est prévisible, peu réfléchi. Plus on tourne les pages, plus le récit ressemble à la novélisation d’un blockbuster américain qui ne cherche surtout pas à dépasser le film. Quelques manques et incohérences dérangent à propos de cette vie sous terre : la production de nourriture ou d’électricité vite évacuée, des problèmes de dimension qui font qu’on ne mesure jamais vraiment la taille de la structure. Il faut deux jours pour descendre les 140 étages, mais des porteurs semblent les remonter plus rapidement... Quel est vraiment l’espace entre les niveaux ? La circonférence du cylindre ? Combien d’habitants ? L’histoire ne s’embarrasse pas de détails, ni même d’intrigues secondaires. Et il y a toutes ces invraisemblances sur le système totalitaire mis en place. On n'arrive pas à y croire, la sauce ne prend pas. L’auteur semble se justifier, chercher des raisons logiques au pitch de départ qui est celui de la nouvelle introduisant le roman, et qui aurait peut-être dû rester une nouvelle.


Entendons nous bien, Silo n’est pas un roman exécrable, dans le sens où il n’est pas mal écrit et où beaucoup ne le trouveront pas ennuyeux, sauf peut-être les lecteurs lassés des ficelles bien calibrées des page-turner. Mais il est tellement tourné vers le grand-public qu’il en devient tout à fait superficiel. Une volonté de plaire à tous, de faire du roman de plage, qui infantilise la SF. Espérons que ceux qui entrent dans le genre par ce type de best-seller sauront trouver l’autre production, la vraie science-fiction, celle qui fait réfléchir et qui bouleverse. Des suites seraient prévues. Je m’efforcerai de passer à côté.
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Paru en France en 2013
Boris Darnaudet a participé à la Saga de Xavi El Valent

Après avoir chroniqué quelques ouvrages d’auteurs confirmés, voici quelques mots sur le premier roman d’un jeune auteur de SF de mon département. Boris Darnaudet nous livre avec Projet Obis un récit SF old school, orienté young adult et aventure.

Projet Obis n’échappe pas aux quelques maladresses du premier roman publié, mais le côté divertissement décomplexé assure un début prometteur. Projet Obis est composé d’un roman court découpé en trois parties relativement indépendantes, plus deux nouvelles en fin de volume qui nous permettent de mieux connaître l’auteur.

La première partie démarre avec la ficelle toujours plaisante de l’amnésique sortant d’une cuve et découvrant le monde qui l’entoure. Naissant avec des talents de guerrier et prenant pour nom la première inscription qui lui passe sous les yeux, Caution va évoluer dans un univers post-apocalyptique classique mais bien dépeint. Plaines désertiques, mutants, cités gigantesques : le territoire est jalonné mais Boris Darnaudet profite justement que le lecteur soit en terrain connu pour laisser place à l’action. 

Ainsi, alors que l’on oscille entre le décor d’un Mad Max et une rébellion contre un gouvernement totalitaire qui n’est pas sans rappeler celle de Star Wars, l’auteur assume et nous offre des batailles visuelles, cinématographiques. Il pousse jusqu’au bout ce retour à la SF des années 1970 en n’hésitant pas à user de termes exotiques gratuits comme un « pistolet automatique modèle 2287 à réducteur de masse » à l’heure où l’on préconise que tout mot doit servir l’intrigue. Et ce contre-pied s’avère finalement plaisant. Lire Projet Obis, c’est un peu retrouver ce que l’on aimait lire adolescent et que l’on méprise un peu trop vite aujourd’hui.
La deuxième partie, sans doute la moins intéressante, évoque complots et trahisons sur fond de clonage, toujours dans le même univers, mais avec des situations un poil convenues. Ca repart sur la dernière partie, avec davantage de sense of wonder et d’action, et un passage de haut vol avec des voyageurs temporels truculents.

Les deux nouvelles à la fin du livre sont particulièrement bien écrites et prouvent que Boris Darnaudet n’est pas seulement un auteur d’action débridée. « Le Sas » est un texte noir, il évoque un monde surpeuplé qui encourage le suicide. « Celui qui sème » est un texte fantastique qui surprend un peu quand tout le reste relève de la science-fiction. Nous y suivons un conquistador combattant un monstre invoqué par les Indiens. Il n’y a pas de véritable chute mais le style élaboré est encourageant.

Projet Obis, c’est un peu le roman jeunesse pour adulte. Tout y est archétypal, mais assez bien campé pour être jouissif. Oui, on sent que c’est un premier roman. Mais on sent surtout un joli potentiel d’auteur qui peut mûrir dans le bon sens, une écriture fluide et bien scandée. A découvrir et à ne pas perdre de vue.
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Paru en France en 2005

Le dernier homme, de l'auteure canadienne Margaret Atwood, diverge des dystopies qu'on a coutume de lire en science-fiction.

Imaginez que l'apocalypse qui mène à l'extinction de l'homme ne soit pas vue comme une catastrophe de masse mais comme le produit des actes de deux étudiants, voire d'un triangle amoureux, sur un fond de société malfaisante et en perte de repères.
Margaret Artwood alterne deux récits. Celui de Snowman, dernier véritable humain, ayant survécu à l'apocalypse. Il s’efforce de se nourrir dans un monde dévasté où ses seuls compagnons, hors des animaux hostiles comme les "louchiens", sont des pseudo humains qu'il appelle « Crakers », et qui ne semblent pas vraiment doués d’émotions, se contentant d’errer et de vivre.

Mais l’essentiel de l’histoire réside dans le second récit. Celui qui explique comment Snowman en est arrivé là.
A travers des flashs-back, nous découvrons alors un futur proche où la génétique et la technologie ont fait un bond en avant, de même que l’injustice, le racisme, ou le sexe et la violence tarifés. Intégrer une université puis un « Compound » est prépondérant pour éviter la masse de miséreux hors des enclaves de privilégiés. Nous suivons l’enfance de Jimmy – le futur Snowman – et de son ami Crake. Si Jimmy se dirigera vers des études plus littéraires, Crake, surdoué, s’orientera vers la science.

Le lecteur suit le parcours de deux jeunes hommes que tout oppose et lie à la fois. Leurs joutes verbales. Ces vidéos interdites qu’ils suivent en secret, dont des scènes pédo-pornographiques où joue une petite fille d’Inde ou d’ex Indochine, Oryx.
Oryx obsédera Crake au point qu’il ira plus tard l’enlever à son sort et qu’elle deviendra sa compagne. Crake est également obsédé par une possible guérison des maux de l’humanité.

On devine peu à peu que les expériences biologiques de Crake sont à l’origine de l’apocalypse et que les humains débilisés qui survivent sont les créatures de Crake et Oryx.
D’ailleurs, le titre original de l’ouvrage, Oryx and Crake, est bien plus révélateur que le titre français.

Sous couvert d’ouvrage post-apocalyptique, ou encore derrière la description d’émois adolescents, Margaret Atwood nous livre surtout une vision amère d’une société malade de sa science, de sa toute-puissance technologique. Avec un rythme lent, parfois trop, avec des scènes violentes et crues et sa voix désabusée, Le dernier homme n’est pas un livre sombre mais un livre triste. Il évite l’écueil du roman de survie pour poser des questions qui dérangent. Qui hantent.




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Ces chroniques ont déjà été publiées en deux temps (Starfish et Rifteurs d'abord, puis Béhémoth) dans la revue numérique et gratuite Frontières, que je recommande. La trilogie a fini d'être publiée en France en 2012.

Starfish et Rifteurs

A partir d’une nouvelle écrite en 1991 (et traduite dans Bifrost en 2009), l’auteur canadien de Vision Aveugle avait produit une épaisse trilogie apocalyptique en anglais : la trilogie des « Rifters », désormais disponible dans la langue de Molière.
Deux volumes à la fois liés par des thématiques et personnages communs, et si différents dans l’ambiance. Peter Watts nous transporte d’un huis clos oppressant à une catastrophe planétaire... avec brio.

Starfish, d’abord, c’est trois kilomètres d’océan qui pèsent sur le récit. La pression est un personnage en filigrane, omniprésent, qui plombe l’atmosphère au sens propre comme au sens figuré.
Nous sommes en 2050. Lénie Clarke est une rifteuse. A savoir une traumatisée de l’enfance choisie pour sa capacité à supporter le stress, charcutée physiquement pour se remplir ou se vider d’eau comme un sous-marin et nager avec les poissons des grandes profondeurs. Son boulot : la maintenance d’une station de production électrique installée sur la dorsale sous-marine Juan de Fuca. Lénie, violée et frappée par son père, est la victime idéale, juste assez blasée pour tout supporter. Même chose pour ses compagnons qui la rejoignent peu à peu sur Beebe : un pédophile impulsif, une brute accro à la violence et toute une panoplie de personnalités déviantes censées mieux vivre sous la surface que le commun des mortels. L’émulsion ne se fait pas sans accrocs, mais peu à peu, une cohésion instable émerge entre les rifteurs. Ils passent de plus en plus de temps hors de la station, à nager dans le noir, lisant presque dans les pensées les uns des autres. Et tandis qu’ils sont en passe de devenir une sorte de banc de poissons, échangeant conscience contre instinct collectif, une intrigue parallèle se développe : complots à la surface, intelligences artificielles et menaces plus inquiétantes.

Rifteurs, c’est une nouvelle dimension. Fini le huis clos, la tension entre les coursives d’une station sous-marine ou la nage avec les monstrueux poissons des profondeurs. Les rifteurs ont libéré des fonds marins ßéhémoth, un virus constitué d’une alternative à l’ADN et capable d’anéantir l’humanité. La station Beebe est détruite. Lénie Clarke parvient à gagner la surface et l’intrigue glisse vers l’apocalypse. Comme une caméra qui dézoome, le récit passe à l’échelle mondiale et nous suivons la jeune femme, porteuse du virus, parcourir la civilisation et répandre la mort comme une vengeance, acceptant le viol du moment que ßéhémoth contamine. Devenue une icône de l’apocalypse, sa combinaison noire de rifteuse et les calottes blanches sur ses yeux se transforment en accessoires de mode. Lénie Clarke se noie parmi ses fans, dans un futur sans pitié où des murs infranchissables bloquent les flux migratoires. Dans le même temps nous suivons ceux qui traquent Lénie. Pilotes de robomouches sillonnant les continents par caméra interposée. Agents qui détruisent les zones touchées par le virus en brûlant tout, humains compris, sous le contrôle du Trip Culpabilité, mécanisme neurochimique les empêchant de se rebeller contre des décisions de sacrifice. Ou encore Ken Lubin, un rifteur survivant du premier opus, programmé pour assassiner toute personne menaçant la sécurité... Et enfin une entité mystérieuse émergeant sur le Maëlstrom, le Web du futur devenu inutilisable tant il est piraté. « Rifteurs » est à la fois le récit de cette traque et celui du contrôle des consciences.


Le style de Peter Watts est très identifiable, il ne s’efface pas au profit de l’action. Avec une écriture davantage puzzle que linéaire, les situations s’enchaînent et l’on se demande parfois où l’auteur veut aboutir, avant que les éléments ne s’imbriquent enfin. A l’instar de Vision Aveugle (publié avant dans la version française, mais écrit après la trilogie), on retrouve dans Starfish et Rifteurs ces descriptions froides, presque cliniques, de la psychologie des personnages. C’est peut-être le reproche que l’on pourrait adresser à ce récit : il est difficile de s’attacher aux héros de l’histoire. Les rifteurs ont bien quelques pulsions, mais elles sont le résultat d’un processus expliqué, mécanique. Et ce qui pourrait être ainsi le défaut de l’oeuvre en fait paradoxalement la force. Car, comme dans Vision Aveugle, la question centrale que pose Peter Watts est bien celle de la nature de la conscience. Et dans Starfish / Rifteurs, l’émotionnel ne se vit pas, il se démontre. La conscience est abordée sous toutes ses facettes, jusqu’à en donner le tournis. Ce sont des gels intelligents à base de protéines qui doivent opter pour l’humanité ou le virus. C’est encore une entité numérique qui réflechit via un système d’évolution accélérée. Mais surtout nous retrouvons la conscience humaine sous son jour le plus sombre : bridée, modelée, détruite, saturée de faux souvenirs... Plus on avance dans le récit,  plus des notions comme le libre arbitre perdent de leur définition. Jusqu’à inquiéter le lecteur.
Et le tout est servi avec un réalisme poussé, comme en témoignent les références mentionnées à la fin de chaque volume. Biologiste de formation, Peter Watts appuie chacune de ses théories – physiques ou psychologiques –  sur des thèses scientifiques. Ca sonne juste. Ca sonne futur proche.

Bilan positif pour ces deux premiers tomes. Si l’on parvient à surmonter le style un peu froid de Peter Watts, ses réflexions sur le fonctionnement de nos pauvres esprits mettent une belle claque, de quoi poser le bouquin quelques secondes et se demander à quel point notre comportement est-il déterminé.
Mais l’auteur doit maintenant parvenir à se recycler sous peine de rabâcher son thème de prédilection. La barre est haute. La trilogie se clôture par ßéhémoth, qui devrait jouer dans la catégorie post-apocalyptique.


Béhémoth

Dernier tome de la trilogie des Rifteurs, βehemoth vient clore la saga avec un récit plus orienté action, mais qui n’en conserve pas moins les thèmes chers à l’auteur canadien, comme la conscience et l’absence de conscience, mais aussi, de manière plus explicite ici, l’intérêt général contre celui de l’individu.

βehemoth est scindé en deux parties, qui reprennent tout simplement les décors respectifs du premier et du second volume. Durant un peu plus de deux cent pages, nous replongeons ainsi dans une station sous-marine des grands-fonds. Toute l’ambiance de Starfish est là : huis-clos dans les coursives et ténèbres des abysses. A la surface, le monde agonise, ravagé par le virus βehemoth et les guerres entre pro et anti apocalypse.
Sous l’eau, la station Atlantis accueille les Corpos, ces cadres de gouvernement et leurs familles en fuite, qui cohabitent avec les Rifteurs, les humains modifiés pour nager et respirer sous l’eau. Lénie Clarke fait partie de ces derniers. Sa croisade vengeresse par laquelle elle avait répandu le virus est oubliée. Finie l’indifférence glaciale des personnages de Peter Watts. Avec βehemoth vient le temps des émotions, des regrets. Lénie, y trouvant une forme de catharsis, tente de maintenir un statu quo entre Rifteurs et Corpos qui se méfient les uns des autres. Le lecteur assiste à des complots sous-marins, et la tension monte à mesure que chaque camp accuse l’autre d’avoir posé des mines ou propagé une nouvelle maladie. Ken Lubin, le tueur compulsif qui ne se contrôle qu’en faisant appel à la logique, semble avoir ses propres plans obscurs, mais demeure inexplicablement lié à Lénie. Lorsque tous deux réalisent qu’un troisième élément, venant de la surface, pourrait être à l’origine des conflits entre Corpos et Rifteurs, ils décident de remonter à l’air libre pour faire face à un nouvel ennemi.
Le récit s’ouvre alors sur un paysage post-apocalyptique où les traitements contre βehemoth ne suffisent pas à tous les survivants. Tandis que quelques humains se terrent dans des cités fortifiées, les autres crèvent à cause du virus ou simplement des lâchers de napalm censés le ralentir. Vient alors un nouveau personnage fort, Taka Ouellette, une infirmière itinérante capable de tout guérir, sauf βehemoth. Avec une ambulance chargée d’armes robotisées qui assurent sa défense, elle sillonne des contrées mourantes pour guérir cancers et autres infections, ne faisant qu’apporter un confort temporaire aux condamnés.
En parallèle nous retrouvons Achille Desjardins, l’homme de pouvoir qui gère les systèmes permettant de brûler les zones touchées par βehemoth, habitants compris. Sauf que le mécanisme neurochimique qui lui interdisait de se rebeller contre une décision difficile a été détruit, et a emporté avec lui toute empathie, toute compassion. Si Achille avait aidé Lénie au début de la saga, il est aujourd’hui un monstre sans émotions qui cède à sa pulsion première : torturer sexuellement les femmes.
Comme si ce n’était pas suffisant, un nouveau virus vient couronner le tout, Seppuku, qui semble plus meurtrier encore que βehemoth. Lénie Clarke et Ken Lubin s’allient à Taka Ouellette pour tenter d’atteindre Achille et comprendre de quoi il retourne.

Peter Watts surprend par certains virages à cent quatre-vingt degrés qu’il prend dans cette conclusion. Son héroïne Lénie Clarke, soudain fragile et émotive, est si différente qu’elle en parait un autre personnage. Tout comme Achille, plutôt sympathique jusque-là, qui devient carrément abject. Un choix qui permet cependant de conférer un nouveau souffle à la série, qui prenait le risque de tourner en rond avec des descriptions en eau profonde superbes mais déjà lues. βehemoth c’est aussi de l’action délibérément exagérée. L’invulnérable Ken Lubin qui joue les tarzans sur les grues, ou qui, une fois totalement aveugle, parvient à poser un hélicoptère en panne et à massacrer ses ennemis, est à la limite de l’excès. Même chose pour l’ambulance et ses armes si perfectionnées qu’on n’en voit pas vraiment la nécessité, ou Achille Desjardins en super-méchant sadique. Bref, Peter Watts veut en mettre plein la vue, et prend le risque de verser dans le récit pop corn. Au chapitre des regrets, cette frontière trop nette entre les deux parties du récit. Une fois Lénie et Ken à la surface, la station Atlantis est ignorée, alors que l’on aurait apprécié de continuer un moment avec ceux qui restent sous la surface. Même chose pour cet internet pensant du futur, le Maelström, trop peu développé.

Malgré tout, et comme à son habitude, Peter Watts nous pousse à la réflexion. Jusqu’où la seule logique comptable pourra justifier le sacrifice d’humains pour en sauver d’autres ? Peut-on absoudre le mal passé en réparant le futur ? Que serions vraiment sans empathie ? Un Ken Lubin ou un Achille Desjardins ? Bref au-delà d’un bon moment de lecture avec une aventure presque page-turner, Watts continue de nous promener dans ses doutes. Un auteur qu’on ne va pas lâcher.
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Paru en France en 2013
Autres livres de L.L. Kloetzer : Cleer
Chronique publiée dans Présences d'Esprits n°83

Anamnèse de Lady Star a connu son petit buzz dans les cercles du fandom SF.

L’auteur français L.L. Kloetzer qui est en réalité un couple, le succès de leur ouvrage précédent Cleer, le titre, la couverture sublime et les premières rumeurs sur le scénario avaient déjà commencé à rendre l’ouvrage envoûtant.

Anamnèse de Lady Star est un roman exigeant et paradoxal : il demande à la fois une attention de tous les instants et un laisser-aller dans le cours d’une histoire qui se dévoile doucement.

Anamnèse, c’est d’abord un contexte. Nous sommes dans un futur proche, quasi contemporain. Parmi nous vivent les Elohim, des êtres à l’apparence humaine, mais éthérés, évanescents, capables de bonds dans l’espace et le temps. Extra-terrestres ? Ce n’est jamais vraiment précisé. Ils ne vivent que de l’attention qu’on leur porte. Ignorés par les hommes, ils disparaissent.

C’est dans cette univers que la pire arme de destruction massive est inventée dans le but d’éliminer des races entières : la bombe icônique. Il s’agit de symboles visuels qui contaminent celui qui les aperçoit. Et voir un contaminé suffit à devenir soi-même porteur de ce virus qui ravage alors la planète. On peut en mourir immédiatement ou devenir un porteur lent. Une guerre est à demi évoquée, où les soldats portent des casques brouilleurs pour ne pas voir les symboles.
Le livre aurait pu avoir la facilité de raconter cette histoire passionnante de manipulation par idéogrammes. Mais non, le récit évolue quelques dizaines d'années après le Satori, le lancement de la bombe.

Anamnèse de Lady Star raconte la recherche, par des survivants de la catastrophe, des dernières traces de la bombe. Pour que ça n’arrive plus jamais. Pour éliminer quiconque détiendrait encore le secret de l’arme icônique.
Le livre se découpe alors en rencontres, en rapports, en reconstitutions du passé via simulations. Le tout forme une vaste enquête à travers tout ce qui reste du Satori. Et toutes ces personnes interrogées – soldats, notables, inconnus – ont un point commun. La présence d’une femme, une Elohim aux noms et identités multiples : Nomen Rosae, Kirsten Lie, déesse Norn. Jamais présente, toujours là. On déduit son existence, on devine sa simple influence et l’écriture de L.L. Kloetzer devient un jeu subtil. La nasse se resserre : il faut la retrouver, la tuer. Elle est ce qui reste de la bombe. A moins qu’elle ne veuille qu’on la trouve, que ce soit l’enquête par elle-même qui la fasse exister.

Avec son ordre déstructuré et non chronologique, sa puissance mystique et cet art de ne pas tout dire, le lecteur a le sentiment qu’il manque une partie de l’histoire, qu’il y a bien plus derrière les lignes. C’est peut-être le reproche que l’on pourrait faire à l’ouvrage. Mais c’est en même temps sa force, cette impression d’ensemble flou, ces jeux d’identités et de vérité. Car chaque témoignage, chaque souvenir est suivi du doute : qui a menti, qui a manipulé la source numérique ou le souvenir ? Sans oublier quelques passages forts que l’on traverse comme on traverse un rêve. Cet hôtel savoyard où un gardien au cerveau lavé garde les sarcophages de pontes du Satori en jouant du jazz seul dans le grand salon, ou cet univers virtuel, Assur, jeu vidéo sans but ni instruction qui n’est que le reflet de la conscience de ceux qui s’y connectent.

Anamnèse de Lady Star, c’est le post-apocalyptique sans désert, ni mutants, ni survie. C’est le post-apocalyptique de la conscience.


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Cette chronique a déjà été publiée dans la revue Frontières.


Après la sombre fantasy de Chien du Heaume et Mordre le Bouclier, Justine Niogret change de registre pour son troisième roman, et nous délivre avec Gueule de Truie un monde post-apocalyptique bien poussiéreux comme on les aime. Sauf que. Sauf qu’après tout c’est autre chose. Pas un émule de La Route de Mc Carthy, pas non plus un survival violent aux poncifs vidéoludiques. Et plus on avance dans le récit, plus nos attentes – celles formulées par le thème, puis par la 4e de couv, puis par les premières pages - sont piétinées et remplacées par... autre chose. Comme si le récit s’arrêtait par moments de courir, dérapait, puis prenait une autre direction. Ce n’est pas seulement un livre, c’est une expérience du convenu brisé.

Nous sommes quelques années, peut-être deux ou trois générations après le Flache. Après la fin du monde humain. Ravagé par des bombes ou quelque autre catastrophe jamais décrite, le paysage pourrit. Réserves consommées, les derniers humains se terrent en petits groupes. Et au milieu de tout ça, oeuvre une nouvelle forme d’inquisition. Des Pères persuadés que Dieu a voulu l’apocalypse sont bien décidés à massacrer chaque survivant afin que le monde soit tel qu’il doit être, mort. Gueule de Truie, cet homme portant un masque à gaz en permanence, est une Cavale, un inquisiteur formaté pour traquer et tuer les humains, non sans les avoir soumis à la Question pour savoir où s’en cachent d’autres. Il broie les corps sans plus d’émotion qu’on écrase un insecte. Avec ce seul personnage, Justine Niogret nous déstabilise déjà : ni vraiment brute stupide ni tout à fait chef de troupe futé qui s’exprime dans le langage du cool et du vulgaire, impossible de déterminer le degré d’intelligence de Gueule de Truie. Son éducation par les Pères l’a juste fait dérailler vers un autre mode de pensée, que l’on ne décode jamais véritablement.


Lorsqu’il rencontre une fille qui porte une boîte, il y voit un signe de Dieu et l’épargne. Puis, sans guère d’explication ou de long cheminement de pensée, il tue deux de ses Pères et prend la route avec la fille, jamais nommée, qui sera toujours la fille. Là encore, le lecteur s’attend à une histoire de belle et de bête. On n’y est presque, quand la fille enseigne à la brute la douceur du contact, quand elle lui retire son masque. Le lecteur est persuadé que Gueule de Truie va apprendre, peut-être maladroitement, à être humain. Au pire, il essaiera sans y parvenir. L’une ou l’autre option. Mais Justine Niogret nous prend à nouveau par surprise. Gueule de Truie n’est pas une bête à humaniser. Il suit sa propre quête, ses propres visions. Quand la fille ne voit qu’un type malsain dans une maison pourrie, lui voit un homme-cerf albinos qui le guide. Quand Gueule de Truie cherche en sa compagne de route un signe de Dieu, elle n’est plus qu’une femme née dans un monde trop dur, qui ne sait qu’encaisser les coups, attendre que ça passe. Abjecte à ses yeux. Ca ne colle pas. Et pourtant, ils marchent encore.


Et si l’on croit un instant au récit de la survie de ce couple improbable dans un univers hostile, c’est encore perdu. On ne les voit pas manger, seulement maigrir. Ils ne pissent pas, ils n’ont pas d’ampoules au pied, ils ne tombent pas malades. Cela rend le road-trip un peu flottant, comme si tout se déroulait dans un esprit malade. Autre élément qui surprend au détour de l’ouvrage, cette pointe de fantastique avec l’idée de quelque chose de pire que l’apocalypse, de plus sombre encore que les Pères. Une créature du nouveau monde, chien monstrueux ou matière invisible, qui piste les humains.

Le style de Justine Niogret est plus lapidaire que dans ses précédents ouvrages. Quoique hachée, l’oeuvre est fluide, courte, se lit en une journée. Si déjà, dans Chien du Heaume, beaucoup était suggéré, le non-dit va plus loin dans Gueule de Truie. Justine Niogret se refuse à expliquer, assène les images fortes comme si chacun devait se faire sa propre idée. Le défaut de l’histoire réside peut-être là : trop de symbolisme tue le symbolisme, et l’on peut sortir un peu frustré de la lecture en se disant que, sans doute, l’on a manqué quelques paraboles. A moins que le doute ne participe de la noirceur du texte. Et c’est bien ce que l’on va retenir, ces ténèbres sans concession, ces âmes tordues sans lueur d’espoir. Difficile d’oublier Gueule de Truie après avoir reposé le livre. C’est peut-être ça, le signe d’un bon bouquin.

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